ILS REPASSERONT
Laisse-moi saisir ta main et te sortir un instant de l’agitation
Oui, assis-toi un instant à cette terrasse et saisis-moi la main
On s’en va saisir le présent…
Laisse passer le passé, ne le ressasse pas : ça te lasserait !
Ce passé finira par s’effacer.
Le laisser derrière soi ce n’est pas l’oublier ! Alors…
Avance !
Lâche prise un instant et observe ce qui se passe
Ces passants qui passent et repassent sans laisser de trace de leur existence
Qui se croisent et se décroisent… alors parfois se dessine un sourire
Se devinent deux regards qui s’échangent, qui s’attachent et se détachent
Quelques secondes seulement…
Des instants qui nous laissent ce sentiment plaisant
D’avoir saisi l’essence même de la Vie.
Cette éphémère sensation de sérénité en solitaire…
Que des mots semblent impuissants à retranscrire
Là ! Ces deux amants dont les doigts s’enlacent et se caressent
Un instant de tendresse saisi silencieusement
Et sur leurs lèvres qui s’effleurent… le temps semble s’être arrêté.
Non, s’il te plaît : assis-toi ! Ne pars pas !
Laisse-moi t’expliquer ! Je serai plus précis…
Dans un instant, je te laisserai retourner dans ce flot incessant
S’il te plaît, assis-toi ! Merci…
Ne sois pas triste, je t’assure !
Je sais que toi aussi tu souhaites vivre ces instants…
Connaître ce bonheur, ces baisers,
Cette tendresse qu’on désespère de trouver
Je te souhaite d’y sombrer… de vivre intensément
De désirer ces lèvres qu’on ne se lasse de caresser
Mais n’emprisonne pas ces instants, ne puise pas leur force
Laisse-les donc filer et s’enfuir
Ils repasseront, fais-moi confiance !
Que te reste-t-il alors ? Ne cherche pas à faire recette sur ce qui n’a pas de prix
Notre dépendance au gain ou à la perte fait que nous ne sommes pas libres
Alors lâche prise une seconde ! Laisse-toi aller et bercer par ce que tu vois
Comme ce vent qui caresse ton visage et s’en va silencieusement…
Tu as besoin d’être rassuré, de savoir dans quelle direction aller
Aspirant à un avenir, te bâtissant des repères sécurisants…
Pour ne pas te sentir ni te savoir sombrer dans cette immensité qui t’échappe
Mais l’avenir est incertain… tandis que le présent passe maintenant…
Vois ces enfants qui s’amusent et s’émerveillent inlassablement
Tandis qu’en silence se sont assis nos aînés que le temps n’a pu séparer
Vois ce ciel immense et splendide,
Vois le rayon du soleil qui vient se poser sur le sol et qui disparaît aussitôt
Lis la joie sur les visages de ces gens que des disputes viendraient remplacer
Vois : l’impermanence est ici en permanence !
Vois derrière ces silences et ces tensions sous-entendues
Qui se lisent sur les visages
Derrière ces masques qui cachent nos faiblesses et nos appréhensions…
Vois ce désir d’aimer, ces joies qui surgissent une seconde
Et qu’on saisit et qui se gravent dans nos pensées… pour disparaître…
Vois, au-delà de ces sentiments qu’on cherche à cacher,
Qu’on enfouit au plus profond de nous par refus de souffrir,…
Vois ce qui leur échappe et qui nous parvient…
Ce qui arrive à passer, à percer leurs carapaces…
Ces choses-là, saisis-les une seconde car elles font écho à ce que nous sommes
Elles nous offrent la possibilité de nous sentir moins seul un instant,
Nous nous sentons alors vivants… nous sommes heureux !
Maintenant, va ! Va rejoindre la vie et vibre… ne cesse jamais !
Et si tu te sentais sombrer… hésiter… si tu souffrais sans savoir pourquoi
Alors assis-toi un instant… souffle un peu et observe !